jeudi 2 juillet 2026

Paul Cézanne : une Tentation de saint Antoine inconnue (Epilogue - Essai - invention) - Paul Cézanne: An Unknown *Temptation of Saint Anthony* (Epilogue – Essay – Discovery) – Paul Cézanne: Una tentazione sconosciuta di Sant'Antonio (Epilogo - Saggio - Invenzione) - Paul Cézanne: Una tentación desconocida de San Antonio (Epílogo - Ensayo - Invención) - Paul Cézanne: Eine unbekannte Versuchung des heiligen Antonius (Epilog - Essay - Erfindung) - Paul Cézanne: Uma Tentação Desconhecida de Santo Antão (Epílogo - Ensaio - Invenção) - Paul Cézanne: Cathú Anaithnid Naomh Antaine (Eipilóg - Aiste - Aireagán) - Paul Cézanne: Isang Hindi Kilalang Tukso ni San Antonio (Epilogo - Sanaysay - Imbensyon) - Պոլ Սեզան. Սուրբ Անտոնիոսի անհայտ գայթակղությունը (Վերջաբան - Էսսե - Գյուտ) - 保罗·塞尚:圣安东尼不为人知的诱惑(尾声 - 随笔 - 创作)- Пол Сезан: Изге Антонийның билгесез азгыруы (Эпилог - Инша - Уйлап табу) - بول سيزان: إغراء مجهول للقديس أنطوني (خاتمة - مقال - ابتكار) - Paul Cézanne: Aziz Antonius'un Bilinmeyen Bir Ayartması (Epilog - Deneme - Buluş) - Πωλ Σεζάν: Ένας άγνωστος πειρασμός του Αγίου Αντωνίου (Επίλογος - Δοκίμιο - Επινόηση) - Paul Cézanne: Fakam-panahy tsy fantatra an'i Masindahy Anthony (Epilogue - Lahatsoratra - Famoronana) - ポール・セザンヌ:聖アントニウスの知られざる誘惑(エピローグ - エッセイ - 発明) - Paul Cézanne: Szent Antal ismeretlen megkísértése (Epilógus - Esszé - Találmány) - Paul Cézanne: Nieznane kuszenie świętego Antoniego (Epilog - Esej - Inwencja) - Paul Cézanne: Uma Tentação Desconhecida de Santo Antão (Epílogo - Ensaio - Invenção)

 


Le philosophe Chinois Kuo Shi (XI° siècle) donne le principe perspectif des trois éloignements.
l'un d'eau est "La Montagne s'élève en s'éloignant".
"Ce que j'essaie de vous traduire est plus mystérieux, s'enchevêtre aux racines mêmes de l'être, à la source impalpable des sensation" 
Cette citation de Joachim Gasquet puisée dans son texte "Cézanne"est celle choisie par  Maurice Merleau-Ponty pour préfacer son étude préfacée par Claude Lefort : L'Oeil et l'Esprit - Paris, 1964, où il écrit p. 28/29 "C'est la montagne elle-même qui, de là bas, se fait voir au peintre.
Que lui demande-t-il au juste ? De dévoiler les moyens, rien que visibles, par lesquels elle se fait montagne sous nos yeux. Lumière, éclairage, ombres, reflets, couleur, tous ces objets de la recherche ne sont pas tout à fait des être réels : ils n'ont, comme les fantômes, d'existence que visuelle. Le regard du peintre leur demande comment il s'y prennent pour faire qu'il y ait soudain quelque chose, et cette chose, pour composer ce talisman du monde, pour nous faire voir le visible". 

Chers lecteurs vous êtes de plus en plus nombreux à consulter journellement ce blog, et quasiment sur toute la planète.
Ce dont je vous remercie.
Si j'interromps momentanément la rédaction de l'article précédent sur le chapitre des églises du Sud-Charente, avec l'accord très généreux de Monsieur le Maire de Challignac et du Révérend Père Benoît Lecomte, curé-doyen du Sud-Charente, 
c'est uniquement pour des questions de santé.
Pour ne pas perdre ce temps de convalescence je veux offrir à mes lecteurs la primauté d'une découverte et de la leur présenter en étude dans le déroulement en temps réel de sa recherche, comme je le fais avec ma méthode en archéologie du bâti : ici ce sera une archéologie du tableau.
J'ai travaillé sur ce tableau pendant plus de deux ans, deux ans et demi. Donc sur l'original, alors que maintenant je me contente des photos que j'en ai faîte avant déplacement de l'œuvre.
Ce tableau a une histoire très singulière que je ne connais pas totalement.
Je sais simplement qu'il a été légalement acheté sous un faux nom.
A la base c'est donc un faux 
La signature était fausse mais le certificat de vente enregistre bien le nom qui était porté en bas à gauche de la toile et qui s'est effacé sous l'effet d'un léger nettoyage de la couche picturale très chargée en vernis qui maintiennent bien les parties de peintures fissurées, parfois "cloquées". Ce tableau a donc vécu et peut-être pas toujours dans de bonnes conditions mais la toile est ni trouée ni râpée comme quoi le cadre a certainement été enlevé pour le vendre alors qu'on ne voulait pas de la peinture. La charge peinte est épaisse et semble avoir été posée en plusieurs étapes après séchage de chaque couche, ou remaniement de couches peintes sur une temps assez long.(voire peinture sur une toile de réemploi ?)
Après élimination de cette signature, voici ce qui reste de la signature originale.

et voici le tableau encadré alors qu'il a été acheté sans cadre, après deux ans d'exposition dans la boutique d'un antiquaire galeriste de province.

Le cadre doré, à la photographie, tue les effets de lumières clair-obscur, et plans (nous reviendrons sur l'influence de la peinture vénitienne, et l'incidence de la mystique des nuits de Sainte-Thérèse d'Avilla par le Carmel Réformé, entre saint Antoine en premier plan repoussoir (technique fréquente notamment chez Armand Guillaumin et grande planche noire qui renvoie à Manet), mais nous allons reprendre tout ça en détail dans le déroulement de l'étude.
Je ne suis pas un spécialiste de Paul Cézanne mais j'ai étudié dans le cadre de tout ma formation la peinture italienne et avec ma thèse doctorale les peintres européen - voire japonais avec l'influence du rapport du commandant Perry à partir de 1852 - sur une période couvrant la fin de la période médiévale jusqu'à nos jours et j'ai travaillé avec des peintres et poètes contemporains de tout premier plan, ayant également travaillé les auteurs du patrimoine depuis Rutebeuf et Chaucer jusqu'à Pierre Courtaud et Jacques Gasc, pour des représentations scéniques avec feu mon beau frère Jean-Marie Bouet, assistés de Béatrice B..


Je poursuis mon approche d'introduction avec ce montage que je trouve assez en accord avec le très bel article d'Elif Ipek Akkaya Le voyage d'une légende : la Tentation de saint Antoine chez Cézanne. Université d'Istanbul. Disponible en Français sur le net elifipekka@yahoo.com.tr, terminant son article ainsi :
"Ansi que dans l'exemple Cézanne et de Flaubert, le peintre/l'écrivain qui se surpasse dans le monde artistique/littéraire moderne se nourrit de son monde intérieur qu'il a enrichi grâce aux lectures. L'écrivain/l'artiste du XIX° siècle lit et explore, et, par conséquent, reste fidèle aux sources religieuses et littéraires, ou encore préfère rester indépendant des textes qu'il a lus et n'hésite pas à enlever ou à ajouter des détails de sa propre iconographie".
En revanche si j'ai beaucoup apprécié 
cet article avec cette conclusion "lumineuse" ce n'est pas l'article qui m'a servi pendant deux ans et demi car je l'ai découvert tout compte fait assez récemment, alors que sur mon temps de convalescence l'ordinateur et mes livres ont été plus mes compagnons de recherche que l'échelle, le mettre à ruban ou la table à dessin.
Avant de vous donner ma bibliographie je veux rendre un hommage spécial à 
Madame Liliane Brion-Guerry 
Maître de recherche au Centre National de la Recherche Scientifique 
"Cézanne et l'expression de l'espace" . Paris, 1966
pour sa fantastique étude (pas facile à lire pour les néophytes, certes ô combien unique) qui aborde la problématique de composition de chaque oeuvre, ce que je n'ai rencontré que par elle et dont vous trouverez beaucoup de références dans mon exposé de recherche. 
(J'ai choisi en iconographie d'introduction une œuvre que l'artiste contemporaine 
Sally Ducrow 
vient de réaliser dans les Alpes Suisses, car elle répond, me semble t-il, à des liens que Liliane Brion-Guerry donne tout au long de son ouvrage, par son immense culture picturale, à des références à l'art Chinois dont un discours très scientifique sur l'art du paysage  élaboré dans le chapitre "L'aboutissement", autour des pages 148 à 168". Il m'a alors semblé pertinent d'introduire la pensée de Maurice Merleau-Ponty dans l'Oeil et l'Esprit pour étayer - s'il en était besoin - la pensée qui s'élabore tout au long de la vie de Paul Cézanne dans ce rapport des sensations, de l'abstraction au Concret, au Réel dont il se revendique  dans 

Pour une approche de la partie Land-Art de Sally Ducrow
Sur ce blog :
Sally Ducrow -  D'autres regards sur le Land Art - Rétrospective 2024 - 1-01-2024 )
et autres articles cités dans cette rétrospective.

Néanmoins cette étude de Liliane Brion-Guerry ne prend véritablement toute sa valeur que par référence à d'autres publications de premier ordre, et c'est là ma bibliographie complémentaire :

- Jacques de Voragine, La Légende Dorée. Gènes 1264. Edition de 1967, p.130 à 134.
- Johann Wolfgang Goethe, Traité des couleurs. 1808-1810. Publication moderne, Paris 1980.
- Gustave Flaubert, La Tentation de saint Antoine. 1848/49, 1856, 1870/72. Publication moderne Les chefs d'œuvre de Gustave Flaubert - Tentation de saint Antoie - Trois contes. Paris 1970.
- Stendhal, Histoire de la peinture en Italie. Paris, 1854.
- M Eugène Chevreul, Cercles chromatiques de M. C.E. Paris, 1855.
- Les revues du Magasin pittoresque. Publiées à parti de 1832 (débuts de la presse illustrée).
- Joris Karl Huysmans, Ecrits sur l'art - L'art moderne - Certains - Trois Primitifs. Paris, 2008.
- Rainer Maria Rilke, Lettres sur Cézanne. Frankfurt und Main 1952, 1983, Paris, 1991.
- Elie Faure, Cézanne. Paris, 1953.
- Louis Réau, Iconographie de l'art chrétien - Tome III, iconographie des saints 1 A-F. P. 101 à 115.
- Herbert Read, Histoire de la peinture moderne. Paris, 1960.
- Paul Cézanne, Correspondance. Paris, 1978.
- Emile Bernard, Maurice Denis, Joachim Gasquet, Gustave Geoffroy, Francis Jourdain, Léo Larguier, Karl Ernst Osthaus, R.P.Rivière et J.F.Schnerb, Ambroise Vollard, Conversations avec Cézanne. Textes présentés et annotés par Michel Doran. Ouvrage publié avec le concours de la Région Île de France. Paris, 1978.
- La Sainte Bible. Traduite d'après les textes originaux hébreu et grec, par Louis Segond, docteur en théologie - Edition revue avec références, 1978.
- John Rewald, Cézanne. New-York-Paris, 1986.
- Erwin Panofsky, Idea. Paris, 1983/89.
- Emile Bernard, Souvenirs de Paul Cézanne. Bercelone, 2013.
Nokolaï Raraboukine, Le dernier tableau - Du chevalet à la machine - Pour une théorie de la peinture - Ecrits sur l'art et l'histoire de l'art à l'époque du Constructivisme  russe,  présentés par Andrei Boris Nakov. Paris, 1972, 1980.
- Paul Cézanne, Propos sur la peinture. Paris 2024.

(ici le clair obscur et la luminosité des corps est à peu près respectée par l'objectif. Nous verrons l'importance que ces histoires de points lumineux, de lumière et de plans ont dans la création cézanienne, appuyée par les auteurs, tout autant que la géométrie des composition, leurs rôles).
La toile est un tissu fin comme en utilisaient les peintres de Barbizon. Le format déjà normalisé des châssis est un 10 P (55x38), donc un petit tableau comme Cézanne en peignait autour ou à partir de 1867 (J.Rewald, 1986, op.cit. p. 79).
Dans l'angle inférieur gauche : un crâne sans mâchoire inférieure est posé sur un livre ouvert
Le livre ouvert est un mobilier de composition commun chez Paul Cézanne.
Au XVII° siècle ces crânes de compositions, très communs dans la peinture hollandaise et du nord de l'Europe, étaient appelés "vanités".

Maintenant que nous avons fait une présentation sommaire mais efficace des emplois et réemplois des mobiliers cézaniens et ceux plus spécifiques au groupe des œuvres de la Tentation de saint Antoine, nous allons progressivement nous rapprocher de plus grandes originalités de ce tableau qui nous ramène déjà plus vers la Rédemption que vers la Punition. 
Les mécanismes techniques la spiritualité du peintre et de cette union de plus en étroite et subtile naît le grand œuvre de Paul Cézanne jusqu'à la synthèse, jusqu'à l'épuration.
Un jeu permanent de recherche d'équilibres dont on trouve une étape importante dans ce tableau qui a tendance à éliminer le paysage, le décorum et qui pourtant fonctionne avec lui.

Nous allons commencer par faire ressortir la mise en place et le rôle des mobiliers secondaires dans les plans.








 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire